Ce qu’est une DPGF, et ce qu’elle engage
La DPGF, ou décomposition du prix global et forfaitaire, est le bordereau d’un marché à prix forfaitaire. L’acheteur y liste les ouvrages de votre lot, souvent avec une unité et une quantité. Vous y portez vos prix unitaires, les montants de chaque ligne et le total.
Le mot qui compte est « forfaitaire ». Le Code de la commande publique distingue les prix unitaires, appliqués aux quantités réellement exécutées, et les prix forfaitaires, appliqués quelles que soient les quantités (article R. 2112‑6). Dans un marché forfaitaire, une quantité sous‑estimée dans la DPGF ne se rattrape en général pas en fin de chantier. Le règlement de la consultation ou le CCAP (cahier des clauses administratives particulières) précisent le plus souvent si les quantités de l’acheteur sont données à titre indicatif : lisez‑les avant de saisir le premier prix.
Avant de saisir un prix, recalez la DPGF
Remplir une DPGF ne commence pas par les prix. Cela commence par trois lectures croisées :
- DPGF contre CCTP. Chaque ligne renvoie‑t‑elle à un article du CCTP ? Chaque ouvrage du CCTP a‑t‑il sa ligne ?
- DPGF contre plans. Les quantités annoncées correspondent‑elles à ce que vous mesurez ?
- DPGF contre règlement. Format du fichier, colonnes à remplir, options et prestations supplémentaires éventuelles (PSE) à chiffrer à part ou non.
Pour la deuxième lecture, il faut votre propre métré. Pas une vérification au jugé : une note où chaque quantité dit d’où elle vient, pour pouvoir confronter les deux chiffres sans rouvrir les plans. C’est ce que montre la note de métré décrite sur la page Métré et chiffrage.
- Planche
- A‑201, niveau R+1, page 4 du plan
- Repère
- Local 1.03, salle d’activités
- CCTP
- Article 5.1.3, peinture des plafonds
- Cotes
- 12,40 m sur 8,25 m, relevées sur la planche A‑201
- Déduit
- 1 trémie de 0,80 m sur 0,60 m, 0,48 m²
- Calcul
- 12,40 m × 8,25 m − 0,48 m² = 101,82 m²
- DPGF
- Ligne 2.4 : 96,00 m². Écart de 5,82 m², à trancher par vous
Les erreurs qui reviennent
Elles tiennent moins au métier qu’à un fichier rempli tard, sous pression. Passez chaque DPGF à cette liste avant de la déposer :
- Aucune ligne vide. Si le règlement l’autorise, un prix compris dans une autre ligne s’écrit « compris en ligne … ». Sinon, posez la question. Une case ne se laisse jamais en blanc.
- Les unités de l’acheteur. Des plinthes au mètre linéaire ne se chiffrent pas avec un prix au m². Votre prix unitaire doit correspondre à l’unité de la ligne, pas à celle de votre catalogue.
- Des totaux justes. Recalculez chaque montant (quantité × prix unitaire), puis les sous‑totaux et le total. Une formule cassée ou un arrondi répété suffit à fausser le montant.
- Le cadre intact. Pas de ligne supprimée, pas de désignation réécrite, pas de colonne ajoutée sans que le règlement le prévoie.
- Les options à leur place. Une option ou une PSE se chiffre là où le règlement le demande, en général hors du total de base.
- Le même montant partout. Le total de la DPGF, l’acte d’engagement et toute autre pièce chiffrée donnent le même chiffre, HT et TTC.
Une ligne vide se règle avant le dépôt, jamais devant l’acheteur.
Vos quantités ne collent pas ? Ne corrigez pas en silence
Votre métré donne 101,82 m², la DPGF annonce 96,00 m². Deux réflexes sont à éviter : ignorer l’écart, ou modifier la quantité de l’acheteur sans le dire.
Posez la question à l’acheteur, par la plateforme et tôt, avec la planche et l’article du CCTP en appui. En procédure formalisée, les renseignements complémentaires sont envoyés au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres, s’ils ont été demandés en temps utile, quatre jours en cas d’urgence (article R. 2132‑6). En procédure adaptée (MAPA), c’est le règlement de la consultation qui fixe la date limite des questions. En général, la réponse est communiquée à tous les candidats, et vous chiffrez sur une base écrite. Si le règlement prévoit une colonne ou un cadre pour vos propres quantités, servez‑vous‑en. Sinon, ne bricolez pas le fichier.
Les autres étapes de la réponse, du repérage au dépôt, sont reprises dans notre article Répondre à un appel d’offres public dans le bâtiment.
Ce que l’acheteur vérifie
Une DPGF incomplète expose l’offre à être jugée irrégulière. Le Code définit l’offre irrégulière comme une offre qui ne respecte pas les exigences des documents de la consultation, « en particulier parce qu’elle est incomplète » (article L. 2152‑2). En appel d’offres et en procédure adaptée (MAPA) sans négociation, les offres irrégulières sont éliminées (article R. 2152‑1).
L’acheteur peut autoriser tous les soumissionnaires concernés à régulariser leur offre irrégulière dans un délai approprié, à condition qu’elle ne soit pas anormalement basse et sans en modifier les caractéristiques substantielles (article R. 2152‑2). C’est une faculté, pas un droit : ne comptez pas dessus.
Il regarde la concordance des chiffres. Le règlement de la consultation précise souvent quelle pièce prévaut en cas de discordance (prix unitaire ou montant, acte d’engagement ou DPGF) et comment l’acheteur rectifie une erreur de calcul : lisez cette clause avant de déposer.
Il regarde aussi le niveau des prix. Quand une offre semble anormalement basse, il exige des précisions et des justifications sur son montant, et la rejette si elle l’est vraiment (articles L. 2152‑5 et L. 2152‑6). Une ligne oubliée qui fait chuter un total peut suffire à déclencher cette demande.
Le contrôle final, avant le dépôt
La veille du dépôt, une seule règle : faire relire la DPGF par quelqu’un qui ne l’a pas remplie. Il recalcule trois lignes au hasard, le total, et compare ce total avec l’acte d’engagement. Il vérifie le format demandé (tableur, PDF, ou les deux) et le nom du fichier exigé par la plateforme.
Une partie de ce contrôle peut être outillée. Dans Maître d’Offre, le bordereau sort au format de l’acheteur, les options chiffrées à part et jamais ajoutées au total, une ligne sans prix reste vide et vous est signalée, et chaque écart entre votre métré et la DPGF est montré avec ses deux valeurs. Vos prix viennent de votre bibliothèque, et c’est vous qui validez. La relecture par un tiers reste utile. Le contrôle des pièces et des montants est décrit sur la page Recevabilité, le parcours complet dans Comment ça marche, et les formules sur la page Prix.