Lire le lot avant de mesurer
Vendredi, 17 h. Le DCE (dossier de consultation des entreprises) d’une réhabilitation arrive, lot peinture, remise dans trois semaines. Le réflexe : ouvrir les plans et mesurer. C’est trop tôt.
En peinture, le plan donne des surfaces, mais le CCTP (cahier des clauses techniques particulières) dit ce qu’il faut faire sur chacune. Avant la première cote, relevez pour chaque local :
- la nature du support : béton brut, plaque de plâtre, enduit existant, ancienne peinture, boiseries ;
- les travaux préparatoires prescrits, article par article ;
- le système de peinture : impression, nombre de couches, aspect mat ou satiné, degré de finition. Le CCTP renvoie souvent au DTU des travaux de peinture, la norme NF DTU 59.1 ;
- les limites de prestation : qui reprend les enduits, qui peint les huisseries métalliques.
Regardez aussi les diagnostics. Le Code du travail impose au maître d’ouvrage de faire rechercher l’amiante avant toute opération qui expose les travailleurs, et ce document est joint aux documents de la consultation (article L. 4412‑2). Dans les parties communes d’un immeuble d’habitation collectif construit avant le 1er janvier 1949, les travaux qui altèrent substantiellement les revêtements doivent être précédés d’un constat de risque d’exposition au plomb (article L. 1334‑8 du Code de la santé publique). Un ponçage sur peinture au plomb demande des précautions que le diagnostic permet de chiffrer : s’il manque, posez la question.
Les surfaces, chacune dans son unité
Les murs se calculent pièce par pièce : périmètre multiplié par la hauteur, moins les ouvertures. Les plafonds se prennent sur la surface au sol, placards exclus si le CCTP ne les vise pas. Le reste a son unité propre : plinthes au mètre linéaire, portes et huisseries à l’unité (une ou deux faces, selon la ligne), radiateurs et canalisations comme la DPGF les décrit.
La hauteur est le chiffre le plus dangereux du lot : supposée sur tout un étage, elle fait glisser toutes les surfaces de murs. Prenez‑la là où elle est écrite (CCTP, coupe, carnet de détails) et notez sa source sur la ligne. Chaque quantité a son origine.
- Planche
- A‑104, niveau R+2, page 2 du plan
- Repère
- Logement 24, séjour
- CCTP
- Article 4.3.2, peinture des murs des pièces sèches
- Hauteur
- 2,55 m, prise sur la coupe BB (planche A‑301)
- Déduit
- 1 fenêtre de 1,40 × 1,25 m et 1 porte de 0,90 × 2,10 m, 3,64 m²
- Calcul
- 18,60 m × 2,55 m − 3,64 m² = 43,79 m²
Les déductions : une règle écrite, pas une habitude
Faut‑il déduire toutes les ouvertures, seulement les grandes, compter les tableaux et les ébrasements à part ? Chaque entreprise a son usage. La seule bonne réponse est celle du dossier : le CCTP fixe parfois la règle de métré, ou renvoie à un document qui la donne.
S’il ne dit rien, choisissez une règle, appliquez‑la partout et écrivez‑la dans votre note. Un tableau de fenêtre compté deux fois, dans le mur et en ligne propre, ne se voit pas dans un total ; il se voit quand la règle est écrite.
Une déduction qui n’est écrite nulle part ne se défend pas devant l’acheteur.
La préparation des supports, là où les offres se séparent
Lessivage, grattage, rebouchage, ponçage, traitement des fissures, impression : ces travaux sont dans le texte, pas sur le plan. Le cas classique : le CCTP prescrit un rebouchage et un ponçage sur tous les murs, la DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) n’a pas de ligne pour ce travail.
Deux réponses possibles. Soit vous intégrez la préparation au prix unitaire des murs, et vous le savez en le fixant. Soit vous posez la question à l’acheteur, par la plateforme et tôt : en procédure formalisée, les renseignements complémentaires sont envoyés au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres, s’ils ont été demandés en temps utile, quatre jours en cas d’urgence (article R. 2132‑6). En procédure adaptée, le délai est en général précisé par le règlement de la consultation.
La mauvaise réponse est de ne rien voir. Dans un marché forfaitaire, le prix s’applique quelles que soient les quantités exécutées (article R. 2112‑6) : une préparation oubliée au chiffrage reste en général à vos frais. Les autres pièges de la DPGF sont repris dans l’article DPGF : comment la remplir sans erreur.
Le site occupé, ce qui ne se voit pas sur le plan
Chez un bailleur, un lot peinture se fait souvent dans des logements habités. Le métré est le même, pas le temps passé. Cherchez dans le CCTP et le CCAP (cahier des clauses administratives particulières) :
- les protections des sols, des menuiseries et du mobilier, et la remise en état après passage ;
- le phasage : par logement, par cage, avec des délais d’intervention imposés ;
- les horaires et la gestion des absents ;
- les exigences sur les produits. Les peintures portent une étiquette d’émissions en polluants volatils, classée de A+, pour de très faibles émissions, à C, pour un niveau d’émission élevé (arrêté du 19 avril 2011) ; un CCTP peut imposer une classe minimale.
Ces contraintes pèsent sur vos rendements, donc sur vos prix. Elles se défendent aussi dans le mémoire technique, où la méthode en site occupé peut être notée, selon le règlement de la consultation : la page Mémoire technique détaille ce qu’une section « site occupé » doit prouver.
Avant de poser vos prix
Passez le lot à cette liste avant le premier prix :
- Chaque prescription du CCTP a sa ligne, ou une décision écrite (intégrée à quel prix, ou question posée).
- Chaque hauteur a sa source, notée sur la ligne.
- La règle de déduction est écrite et appliquée partout.
- Plinthes, portes et huisseries sont dans l’unité de la DPGF, pas dans celle de votre catalogue.
- Les diagnostics amiante et plomb ont été lus, ou demandés.
- Les contraintes du site occupé sont chiffrées quelque part, et reprises dans le mémoire.
Cette lecture peut être outillée : Maître d’Offre sort les surfaces avec leurs déductions, la hauteur retenue et l’article du CCTP qui l’impose, et signale l’écart quand la DPGF oublie une préparation prescrite, avec la question à poser. Vos prix viennent de votre bibliothèque. Vous relisez, vous décidez. Le détail est sur la page Peinture, la traçabilité de chaque quantité sur la page Métré et chiffrage, et la place du chiffrage dans la réponse complète dans Répondre à un appel d’offres public dans le bâtiment.