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Métré · Gros œuvre

Métré gros œuvre : méthode et pièges sur un DCE

Sur un lot gros œuvre, l’erreur vient moins du prix du béton que d’un voile mesuré sur le mauvais plan, d’aciers comptés au jugé ou d’une fondation mal lue. Voici une méthode pour métrer le lot à partir du dossier de consultation, ouvrage par ouvrage, en gardant l’origine de chaque quantité.

PubliéLecture6 min de lectureParACE Conseil

Lire le dossier du lot avant de mesurer

Lundi 8 h. Le DCE (dossier de consultation des entreprises) d’un groupe scolaire arrive, lot gros œuvre, remise dans trois semaines. Le réflexe : ouvrir les plans et compter les mètres cubes. C’est trop tôt.

Le volume se mesure sur les plans, mais ce qui le définit est écrit ailleurs. Avant la première cote, lisez dans cet ordre :

  • le règlement de la consultation : ce qu’il faut remettre, bordereau fourni ou non ;
  • le CCAP (cahier des clauses administratives particulières) : l’ordre de priorité des pièces, qui tranche quand deux documents se contredisent ;
  • les études : le rapport géotechnique (niveau d’assise, type de fondations, présence d’eau), les pièces du bureau d’études structure ;
  • le CCTP du lot (cahier des clauses techniques particulières) : classes de béton, parements, limites de prestation avec les autres lots, installation de chantier.

Puis les plans de structure : fondations, coffrage de chaque niveau, coupes. Les plans d’architecte servent à situer, pas à mesurer ce qui porte.

Ce lot est très présent au BOAMP : 2 797 avis de marché de travaux de gros œuvre et maçonnerie y ont été publiés d’octobre 2025 à septembre 2026, dont 463 diffusés en Île‑de‑France, selon notre Observatoire des appels d’offres.

Le béton, ouvrage par ouvrage

Un total de béton pour tout le lot ne se défend pas. Le métré se fait par ouvrage, dans l’ordre du chantier : fondations, longrines, dallage ou plancher bas, voiles, poteaux, poutres, planchers, escaliers, acrotères.

Deux pièges reviennent sur les voiles. Le premier : les mesurer sur le plan d’architecte. L’épaisseur dessinée peut y inclure un doublage, et un voile porteur peut y ressembler à une cloison. Relevez les voiles sur les plans de structure ; si le dossier n’en contient pas, écrivez‑le sur la ligne.

Le second : oublier ce qui entoure les baies. Sur un plan, le linéaire dessiné d’un voile s’arrête aux ouvertures. Le volume de ce linéaire ne contient donc ni les allèges ni les linteaux : ajoutez, baie par baie, ceux qui sont en béton, hauteurs prises sur les coupes.

Exemple illustratifUne ligne de note de métré, lot gros œuvre. Données fictives.
Planche
GO‑03, coffrage du R+1, linéaire de 14,60 m relevé hors baies
Repère
Voile V3, file A, baies B1 et B2
CCTP
Article 3.2.1, voiles en béton armé
Hauteur
2,70 m sous dalle, prise sur la coupe AA (planche GO‑10)
Ajouté
2 allèges de 1,20 × 1,00 m et 2 linteaux de 1,20 × 0,55 m, hauteurs sur la coupe AA, ép. 0,20 m, 0,744 m³
Calcul
14,60 m × 2,70 m × 0,20 m + 0,744 m³ = 8,628 m³, soit 8,63 m³
17,00 m, dont 2 baies 2,70 m VOILE V3, FILE A GO‑03

Prenez la hauteur des voiles sur les coupes, jamais supposée, et précisez sur la ligne si elle s’entend sous dalle ou d’étage : si le plancher est compté à part, son épaisseur ne doit pas être comptée deux fois. Dans les planchers, déduisez les trémies dessinées : une trémie d’escalier oubliée, c’est du béton compté pour rien.

Les coffrages, des surfaces à part

Le coffrage se compte au mètre carré de surface coffrée, pas au mètre cube. Un voile coulé entre banches a deux faces. Une semelle coulée en pleine fouille peut n’en avoir aucune, si le CCTP l’autorise.

Le CCTP fixe souvent le parement attendu, plus ou moins soigné selon que le béton restera brut, sera peint ou recevra un enduit. Il pèse sur vos temps de coffrage et de reprise, et la DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) ne le rappelle pas toujours.

Séparez ce que le bordereau sépare. Une DPGF demande un prix au mètre cube « coffrage et armatures compris », une autre trois lignes : béton, coffrage, aciers. Dans le premier cas, gardez le détail dans votre note : c’est lui qui justifie le prix unitaire.

Les aciers : un ratio écrit, jamais deviné

Au stade de la consultation, le dossier ne contient souvent aucun plan de ferraillage. Le poids d’acier s’estime donc, et l’estimation doit dire d’où elle vient :

  • un ratio écrit dans une pièce du dossier (CCTP, note du bureau d’études structure, cadre du bordereau) : appliquez‑le en citant la pièce et l’article ;
  • sinon, votre propre ratio par type d’ouvrage (fondations, voiles, dalles), tiré de vos chantiers : appliquez‑le et marquez la ligne comme estimée, ratio écrit à côté ;
  • sinon, une ligne laissée vide, à trancher dans l’entreprise avant de poser le prix.

Deux réflexes sont à éviter. Inventer un ratio « moyen » que personne ne pourra justifier. Et demander à l’acheteur des plans de ferraillage qu’aucune pièce n’annonce : s’ils n’existent pas, il n’a rien à vous transmettre.

Un ratio d’aciers qui n’est écrit nulle part n’est pas une quantité, c’est un pari.

Fondations et réservations, là où l’écart se creuse

Les fondations se lisent dans l’étude de sol autant que sur le plan. Semelles filantes ou isolées, longrines, gros béton, puits, radier : les sections viennent du plan de fondations et du CCTP, la profondeur d’assise du rapport géotechnique. Une profondeur supposée fausse le béton comme le terrassement. Si le niveau d’assise n’est écrit nulle part, posez une question à l’acheteur, en citant les pièces consultées (rapport de sol, plan de fondations).

Les réservations sont l’autre angle mort. Trémies, passages de gaines, fourreaux, incorporations : elles dépendent souvent des plans des lots fluides et électricité. Le CCTP dit qui les réalise. Une réservation à votre charge absente des plans se signale par écrit.

Vérifiez enfin si l’installation de chantier (base vie, clôture, levage) est à la charge du gros œuvre pour tout le chantier : un poste lourd, écrit dans le CCTP et absent des plans.

Chaque quantité a son origine, même sans DPGF

Dans un marché à prix forfaitaire, le prix s’applique quelles que soient les quantités exécutées (article R. 2112‑6 du Code de la commande publique). Un volume sous‑estimé reste en général à vos frais.

Certains dossiers ne contiennent pas de DPGF, ou un cadre sans quantités, et le règlement demande pourtant un détail quantitatif : votre note de métré devient une pièce de l’offre, qui doit se lire sans vous. Quand une DPGF est fournie, confrontez‑la à votre métré ligne par ligne. Un écart se signale par une question écrite, posée tôt : en procédure formalisée, les renseignements complémentaires sont envoyés au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres, s’ils ont été demandés en temps utile, quatre jours en cas d’urgence (article R. 2132‑6). En procédure adaptée, la date limite des questions est en général fixée par le règlement de la consultation.

Avant le premier prix, passez le lot à cette liste :

  • L’ordre de priorité des pièces, au CCAP, est noté.
  • Chaque ouvrage a son volume, sa section et sa planche de structure.
  • Les allèges et les linteaux sont ajoutés au linéaire de voiles dessiné.
  • Les coffrages sont comptés au mètre carré, avec le parement du CCTP.
  • Chaque poids d’acier a son ratio et sa source, ou reste vide.
  • Le niveau d’assise, les trémies et les réservations ont leur source.

Ce travail peut être outillé : Maître d’Offre mesure sur les plans PDF et DWG, écrit l’origine de chaque ligne et montre les deux valeurs quand la DPGF ne correspond pas au plan. Ce qu’il ne peut pas établir, il ne l’invente pas : sans ratio d’aciers de votre part ni pièce qui le donne, la ligne reste vide et vous est signalée. Le traitement complet d’un lot est sur la page Gros œuvre, la traçabilité de chaque quantité sur la page Métré et chiffrage, et ce qu’engagent une DPGF, un BPU ou un DQE sur la page Bordereau.

Pour un bordereau déjà rempli, le vérificateur de DPGF repère les lignes vides et les montants faux, sans juger vos quantités. Voir aussi l’article DPGF : comment la remplir sans erreur, et les termes employés ici dans le glossaire des marchés publics.

Questions fréquentes

Questions

Comment estimer les aciers sans plans de ferraillage ?
Si une pièce du dossier donne un ratio, appliquez‑le en citant la pièce. Sinon, appliquez votre propre ratio par type d’ouvrage et marquez la ligne comme estimée, avec le ratio écrit à côté. Sans l’un ni l’autre, laissez la quantité vide et tranchez dans l’entreprise avant de poser le prix.
Faut‑il mesurer les voiles sur les plans d’architecte ?
Non. Mesurez-les sur les plans de structure quand le dossier en contient. Sur un plan d’architecte, l’épaisseur dessinée peut inclure un doublage et un voile porteur peut ressembler à une cloison. Si seuls des plans d’architecte sont fournis, écrivez‑le sur la ligne.
La DPGF regroupe béton, coffrage et aciers : faut‑il quand même les détailler ?
Oui, dans votre note de métré : le béton au mètre cube, le coffrage au mètre carré, les aciers au kilo. Le bordereau garde le cadre de l’acheteur, et votre note justifie le prix unitaire de la ligne regroupée.

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