Lire le dossier du lot avant de mesurer
Vendredi, 17 h. Le DCE (dossier de consultation des entreprises) d’une voirie de lotissement arrive, lot VRD, remise dans trois semaines. Le réflexe : mesurer les enrobés, puisque c’est ce qui se voit. Mais en voirie et réseaux divers, ce qui fait le prix est souvent sous la surface.
Avant la première cote, lisez dans cet ordre :
- le règlement de la consultation : ce qu’il faut remettre, bordereau fourni ou non ;
- le CCAP (cahier des clauses administratives particulières) : l’ordre de priorité des pièces, qui tranche quand deux documents se contredisent ;
- les études : rapport géotechnique (nature des terrains, présence d’eau), levé topographique, plans des réseaux existants ;
- le CCTP du lot (cahier des clauses techniques particulières) : structures de chaussée, matériaux, essais et contrôles, conditions de mise en œuvre.
Puis les plans : plan de voirie, coupes types, profils en long, plans de réseaux. Regardez aussi quel bordereau est demandé. En VRD, c’est souvent un BPU accompagné d’un DQE, parfois une DPGF. La différence engage : les prix d’un marché peuvent être des prix unitaires appliqués aux quantités réellement exécutées, ou des prix forfaitaires appliqués quelles que soient les quantités (article R. 2112‑6 du Code de la commande publique). Le DQE, lui, sert en général à comparer les offres.
Ce lot est très présent au BOAMP : 4 667 avis de marché de travaux de voirie, VRD et terrassement y ont été publiés d’octobre 2025 à septembre 2026, dont 542 diffusés en Île‑de‑France, selon notre Observatoire des appels d’offres.
Terrassements : en place, foisonné, évacué
Un mètre cube de terre en place n’est pas un mètre cube dans le camion. Une fois excavé, le sol foisonne : il occupe plus de volume. Le métré se fait donc en deux temps. D’abord le volume en place, mesuré sur les plans, les profils et les coupes types. Ensuite, si le bordereau demande l’évacuation en volume foisonné, la conversion avec un coefficient.
Ce coefficient s’écrit sur la ligne, avec sa source : une pièce du dossier (le rapport de sol, le CCTP) ou vos habitudes de chantier. Un coefficient « moyen » que personne ne peut justifier est un pari. Si le bordereau ne dit pas quel état il attend, posez une question à l’acheteur.
Séparez ensuite ce que le chantier sépare : décapage de terre végétale (surface fois épaisseur), déblais, remblais, évacuation. Un déblai réemployé en remblai sur place ne s’évacue pas : vérifiez ce que le CCTP autorise avant de compter l’un et l’autre.
Tranchées et réseaux : la largeur et la profondeur décident
Une tranchée se mesure en trois dimensions. Le linéaire vient du plan de réseaux. La largeur dépend du diamètre des canalisations et de ce que le CCTP prévoit (largeur de fouille, lit de pose, enrobage). La profondeur vient du profil en long, et elle change le long de la pente : elle ne se lit pas en un seul point.
Les réseaux, eux, se comptent à part : canalisations au mètre linéaire par diamètre et par matériau, regards à l’unité par profondeur et par classe de tampon, branchements à l’unité. Les lits de pose et les remblais d’enrobage ont leur ligne quand le bordereau les distingue.
- Planche
- VRD‑04, réseau d’eaux pluviales, linéaire de 86,00 m entre les regards R1 et R3
- Repère
- Tranchée T2, deux tronçons, regard R2 intermédiaire
- CCTP
- Article 4.2, largeur de fouille de 1,10 m pour une canalisation de diamètre 400
- Profondeur
- 1,60 m, moyenne des profondeurs lues au profil en long (pente régulière) : 1,40 m en R1 et 1,80 m en R3
- État
- Volume en place, avant foisonnement
- Calcul
- 86,00 m × 1,10 m × 1,60 m = 151,36 m³
Autre piège : la tranchée commune. Quand deux ou trois réseaux partagent la même fouille (eaux pluviales, eau potable, gaines), la fouille se compte une fois, et chaque réseau pose sa ligne dedans. Compter trois tranchées, c’est chiffrer trois fois le même terrassement et gonfler votre offre. Mais la largeur, elle, dépend du nombre de réseaux et de leurs diamètres, tels que le CCTP ou la coupe de tranchée les donnent : ne gardez pas celle d’un seul réseau.
Une tranchée commune à trois réseaux n’est pas trois tranchées.
Reste ce qui existe déjà sous le sol. Croisements, réseaux à protéger, reprises sur l’existant : leur traitement s’écrit au CCTP et dans les plans des réseaux en place. Une sujétion absente du bordereau mais présente dans une pièce se signale par écrit, avec la pièce citée.
Voirie : couches, surfaces, bordures
Une chaussée est un empilement. Couche de forme, fondation en grave non traitée, couche de base, de liaison, de roulement : chacune a son épaisseur, donnée par la coupe type ou le CCTP, et sa surface, relevée sur le plan de voirie. Les couches basses sont parfois plus larges que la couche de roulement : lisez la coupe type avant de reporter la même surface partout.
Les unités piègent. La grave se compte en mètres cubes (surface fois épaisseur), parfois en tonnes. L’enrobé se compte au mètre carré avec son épaisseur écrite, ou à la tonne si le bordereau le demande. Dans ce cas, la conversion que vous appliquez s’écrit sur la ligne. Un mètre carré d’enrobé sans épaisseur ne veut rien dire.
Enfin, les ouvrages linéaires et à l’unité. Bordures et caniveaux se comptent au mètre linéaire, par type ; les abaissés se comptent à part quand le bordereau les distingue. Regards, tampons et avaloirs se comptent à l’unité, par classe et par profondeur : un tampon de chaussée et un tampon de trottoir n’ont pas le même prix.
Avant le premier prix, et ce qui peut être outillé
Les quantités du DQE sont celles de l’acheteur. Les confronter à votre métré protège votre offre : un écart se signale par une question écrite, posée tôt, avant la date limite fixée par le règlement de la consultation. Passez le lot à cette liste :
- Le bordereau demandé (BPU, DQE, DPGF) et l’état des volumes attendus sont notés.
- Les déblais sont mesurés en place, le coefficient de foisonnement a sa source.
- Chaque tranchée a sa largeur, sa profondeur lue au profil en long et son CCTP.
- Les réseaux sont comptés par diamètre, les regards par profondeur et par classe.
- Chaque couche de chaussée a son épaisseur et sa surface, enrobé en mètres carrés ou en tonnes comme le bordereau le demande.
- Les prix du DQE reprennent bien ceux du BPU, ligne par ligne.
Ce travail peut être outillé. Maître d’Offre mesure sur les plans de voirie et de réseaux, en PDF ou en DWG, écrit l’unité, l’hypothèse et l’origine de chaque ligne, et signale les écarts avec les quantités du bordereau, avec les deux valeurs. Ce qu’il ne peut pas établir, il ne l’invente pas : une épaisseur qui diffère entre la coupe type et le CCTP devient une question à l’acheteur. Le traitement d’un lot est détaillé sur la page VRD, la traçabilité de chaque quantité sur la page Métré et chiffrage, et ce qu’engagent une DPGF, un BPU ou un DQE sur la page Bordereau.
Pour un bordereau déjà rempli, le vérificateur de DPGF repère les lignes vides, les montants faux et les unités manquantes, sans juger vos quantités. Voir aussi les articles DPGF : comment la remplir sans erreur et Métré gros œuvre : méthode et pièges sur un DCE.